L'histoire de Omar

Histoire soumise par: Omar

« Alors que j’essayais de m’adapter à mon nouvel environnement, je commençais aussi ma dixième année. »

À 15 ans, j’étais un élève brillant. Je ne faisais pas d’effort particulier pour accumuler les notes parfaites (« A »), j’allais simplement à tous mes cours et j’étais attentif. Je suis plutôt intelligent, alors c’était assez facile d’avoir de bonnes notes. J’avais également un groupe d’amis formidable, composé de jeunes avec qui j’avais grandi. Nous aimions sortir ensemble la fin de semaine, faire la fête autour de la piscine et aller prendre une bouchée. On se croyait plus cool que nous l’étions en réalité. C’était trippant!

Puis, juste avant mon entrée à l’école secondaire, j’ai déménagé et tout a changé. Du jour au lendemain je n’avais plus d’amis, je me retrouvais dans un nouveau pays où tout le monde était différent et je vivais dans un appartement à l’étroit avec ma mère, ma sœur et deux cousins. Je me souviens m’être senti vraiment perturbé en dedans, mais je pense que j’étais trop sous le choc pour m’y attarder, au début.

Alors que j’essayais de m’adapter à mon nouvel environnement, je commençais aussi ma dixième année. L’école publique dans une grande ville s’avéra beaucoup plus difficile à fréquenter que mon ancienne petite salle de classe. Les enseignants se souvenaient à peine de mon nom, et aux yeux de tous les autres étudiants, j’étais l’étranger silencieux qui écoutait de la musique bizarre.

Mes notes ont commencé à dégringoler dans tous mes cours : et ceux que je n’échouais pas, je les passais de justesse. Malgré mes efforts, je n’y arrivais pas. J’étudiais beaucoup mais rendu à l’examen, j’étais tellement nerveux que j’avais l’impression d’avoir tout oublié. Tous ces efforts, et j’échouais de toute façon! Alors à quoi bon? J’ai honte de l’avouer, mais j’ai renoncé. Et je me suis tourné vers la seule chose qui n’avait pas changé pour moi: les jeux vidéos.

Tous les jours après l’école, je ne faisais qu’une chose : jouer. J’étais vraiment content de pouvoir compter sur ma console 3DS, qui était pour ainsi dire mon seul véritable compagnon et qui ne m’avait jamais déçu.

Environ quatre mois après la rentrée, je me suis rendu compte de quelque chose : tout le monde était chiant et tout me tapait sur les nerfs. J’étais en colère la majorité du temps, ou sinon j’étais triste. Aujourd’hui, avec un regard d’adulte, je constate que mes symptômes s’apparentaient à la dépression. Mais à l’époque, je l’ignorais. Je pensais que les gens autour de moi étaient soit impolis, soit stupides, et je ne voulais rien savoir d’eux.

Un jour à l’école, d’autres jeunes m’ont vu avec une 3DS. Nous avons commencé à parler, et deux d’entre eux m’ont demandé s’ils pouvaient emprunter des jeux. Voulant être gentil et me faire des amis à tout prix, j’ai accepté.

Quelques semaines plus tard, quand je leur ai demandé de me rendre mes jeux, ils ont dit : « Bien sûr! ». Mais ils ne l’ont pas fait, et m’ont évité par la suite. Ils ont finalement été expulsés pour une autre raison; j’ai trouvé ça vraiment nul, car je savais que je ne reverrais jamais mes jeux.

Je me souviens d’être rentré à la maison, d’avoir verrouillé la porte de ma chambre, d’avoir éteint les lumières, d’avoir fait jouer de la musique à fond et d’avoir hurlé pour évacuer ma colère et ma frustration : « Pourquoi tout le monde est aussi nul?! » Par ailleurs, j’étais toujours en situation d’échec scolaire, et ma mère commençait à s’inquiéter sérieusement, me posant des questions « Qu’est-ce qui se passe avec toi? Tu n’étudies donc pas? ». « Oui, ai-je répondu, mais c’est difficile. Je n’ai aucun ami. Je n’arrive pas à me concentrer. Et les profs s’en fichent. »

À l’école, un professeur d’anglais a remarqué mes difficultés. Il m’a dit que je devrais aller aux cours qui sont donnés deux fois par semaine, après l’école, pour les étudiants ayant besoin d’aide. J’étais prêt à tout pour avoir la note de passage, alors j’y suis allé. Et c’est là que j’ai rencontré Olivier. C’était un gars spécial, un étranger comme moi, qui ne parlait pas beaucoup. Quand il m’a vu jouer avec ma 3DS, il s’est approché. Par réflexe, je me suis écarté, mais il a juste souri, a sorti la sienne et m’a demandé à quoi je jouais.

Peu à peu, Olivier est devenu mon meilleur ami. Nous aimions nous tenir ensemble et jouer à des jeux. Il ne disait pas grand-chose, mais cela ne me dérangeait pas : je n’étais plus seul. Et tout d’un coup, mes notes se sont améliorées. En effet, ne plus être en colère contre tout le monde me permettait d’être plus concentré en classe. Je tâchais d’être attentif, et de travailler un peu plus aussi. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas redevenu du jour au lendemain un étudiant bollé avec des notes exemplaires. J’avais quand même des D, mais c’était bien mieux que des F, non?

Au fil des mois, je me souviens m’être senti bien moins en colère. Avoir un ami a vraiment aidé, et pas juste sur le plan du divertissement. Ma dépression s’est éclipsée lentement, même si un peu de tristesse est resté.

La dernière étape marquante fut quand ma mère m’a emmené voir un conseiller, qui m’a donné quelques exercices de relaxation à faire pour être moins nerveux avant les examens. Je me souviens avoir eu un B à un examen, et le prof qui est venu me voir après la classe pour me dire : « Tu t’es vraiment amélioré au cours des derniers mois. Continue ton bon travail. » Il m’a souri, et je rayonnais. C’est drôle comment ces bons mots sont restés dans mon esprit pendant toutes ces années.

Du début à la fin, l’école secondaire fut loin d’être facile. Mais j’avais un ami, ma 3DS, et quelques profs qui se souciaient de moi. Que demander de plus?

Opinion