L'histoire de Ramsey

Histoire soumise par: Ramsey

« Et pourtant, un jour, une fille s’est intéressée à moi. »

À 15 ans, j’étais un ado solitaire et déprimé.

Je ne savais pas comment parler aux filles et faire en sorte qu’elles s’intéressent à moi. Toutes les filles que j’abordais voulaient juste qu’on soit amis -- c’était cool pour elles, mais vraiment poche pour moi. Il me semblait être l’un des seuls parmi mes amis à ne pas avoir de copine.

Ne pas être en couple me rendait amer, complexé et tout le temps en colère contre tout le monde. Je me moquais constamment des gens, avec des remarques un peu méchantes. C’était censé être des blagues, mais le plus souvent mes paroles étaient blessantes. Par contre, quand les gens se moquaient de moi pour plaisanter, je prenais ça comme une attaque personnelle.

Tout cela faisait de moi un adolescent assez désagréable à fréquenter, et c’était la recette parfaite pour rester célibataire pour toujours. Et pourtant, un jour, une fille s’est intéressée à moi.

Elle s’appelait Farrah. J’ignore comment, mais elle a vu au-delà de mon manque de confiance, de mes vêtements informes et de mon incapacité à communiquer sans être maladroit -- et elle fut assez merveilleuse pour dire « oui » quand je lui ai demandé si elle voulait sortir avec moi. On discutait souvent au téléphone, et on s’embrassait chaque fois qu’on le pouvait.

Mais je manquais d’assurance et j’étais incapable de gérer mes sentiments pour elle. Cette fille formidable voulait être avec moi, et je lui cherchais toujours des défauts. Elle était trop moche, trop collante ou mal habillée, ou n’importe quel autre défaut auquel je pouvais penser. C’était pénible, car j’étais convaincu qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez elle.

La vérité fut plus rude : c’est chez moi que les choses ne tournaient pas rond. Quand je me moquais des autres, c’était parce que je ne pouvais pas supporter qu’ils soient meilleurs que moi. Je me sentais mieux lorsque je leur trouvais des défauts, et je m’en servais pour me moquer d’eux. Cela a déteint sur ma relation avec Farrah. Je ne me moquais pas d’elle, je n’aurais jamais fait ça. Mais je constatais ses défauts, qui s’amplifiaient dans mon esprit, jusqu’à ce que je ne puisse plus voir quoi que ce soit d’autre.

Quelques mois plus tard, j’ai rompu avec elle, et je me suis mis à chercher des filles parfaites, qui n’existaient pas, bien sûr. Et je suis resté malheureux.

Finalement, j’ai déménagé dans une autre ville et j’ai fréquenté d’autres filles. Farrah et moi avons gardé contact et sommes restés amis. On se voyait quand je rentrais chez mes parents, et c’était agréable. Elle devenait plus séduisante et plus confiante chaque année, et j’essayais toujours de comprendre ce qui n’allait pas chez moi. J’ai parlé à un thérapeute pendant environ un an et demi, et bien que mes problèmes se dissipaient graduellement, j’étais encore assez mal en point.

Sept ans plus tard, j’étais chez mes parents pour l’été. Farrah est venue un jour me rendre visite. On était assis dehors, on bavardait et on riait. C’était bon de parler avec une amie de longue date. Elle était sur le point de partir quand, tout à coup, je me suis penché vers elle et nous nous sommes embrassés.

Il s’en est suivi un merveilleux été de romance, de passion, d’affection et de bonheur : j’étais finalement tombé amoureux. Pas avec un mannequin ou une actrice, ni une star de porno -- juste la fille d’à côté. Toutes mes attentes ont alors été balayées.

Jusque-là, je croyais que l’amour était quelque chose de mystique, qui tombe d’un arbre et te frappe la tête avec une force incroyable. Je fus agréablement surpris de découvrir que c’était beaucoup plus simple : c’était juste le bonheur d’être en compagnie d’une personne qu’on aime.

Pour la première fois de ma vie, je n’étais pas frustré de ne pas avoir quelqu’un à aimer. Je ne tournais plus les autres en dérision. J’étais capable de rire de moi-même. La colère que j’avais ressentie pendant tant d’années s’était comme envolée, devenue sans importance. Je vivais de la joie pure.

Nous avons été ensemble pendant trois mois, avant que je retourne à l’université. Mais la leçon que j’avais apprise est restée.

Pendant mon adolescence, je ne m’aimais pas, et j’étais donc incapable d’aimer un autre être humain correctement. Quand je me regardais dans le miroir, je voyais un gars maigre et laid. Je voyais quelqu’un de faible, stupide, et loin d’être cool. Je ne m’aimais pas du tout, pas même un peu.

Et je n’ai jamais confié ça à quiconque. Je me comportais avec mépris, en espérant que personne ne me démasque. J’aurais aimé en parler avec mes amis, mais c’est embarrassant quand on est un adolescent. Comment confier une telle chose à ses amis?

« Hé mon chum! Si je suis si méchant, c’est parce que je me déteste. Est-ce que tu te détestes toi aussi? »

J’étais tellement dans le déni que je n’aurais jamais été capable de formuler cette phrase. Heureusement, quelques années plus tard, je suis allé voir un thérapeute pour comprendre. C’est surprenant de constater à quel point il est plus facile de parler de soi à un parfait inconnu plutôt qu’à ses amis.

Je suis vraiment content de l’avoir fait. Si mon thérapeute et moi n’avions pas parlé, je ne pense pas que j’aurais embrassé Farrah ce jour-là. Et je n’aurais pas passé trois beaux mois d’été avec elle. Ni appris à m’aimer.

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